Le protocole D/s : accord intime ou loi universelle ?

Cet article n'engage aucunement l'Antre Des Vices puisqu'il a été rédigé par pure expérience personnelle.


Le protocole. Voilà un mot qui fait briller les yeux de certains et dresser les cheveux sur la tête des autres. Dans le milieu BDSM, il est partout. On en parle, on le débat, on le défend bec et ongles, on l'impose, on l'exige... Souvent sans même se demander à qui il appartient vraiment.

Alors posons les choses simplement : le protocole, c'est un accord entre deux personnes. Mais un accord indispensable. Sans un minimum de protocole, une relation D/s est à mon sens vouée à l'échec — c'est lui qui recadre constamment la relation, qui lui donne sa substance, qui rappelle à chacun où il se situe.

Chaque relation a le sien

Il existe des bases. Des codes qui ont émergé au fil du temps dans la communauté — le vouvoiement, certaines postures, certaines formules d'adresse. Ces repères ont leur utilité, leur histoire, leur sens. Je ne les nie pas.

Mais le protocole que j'ai avec Liza n'est pas le même qu'avec d'autres personnes. Et celui que nous avons tous les deux n'est pas le même que celui des couples que nous côtoyons régulièrement — ce qui ne nous empêche pas de passer d'excellents moments ensemble, simplement parce que nous savons respecter le protocole des autres.

C'est ça la nuance. Ce n'est pas "chacun fait ce qu'il veut, les protocoles ne servent à rien". C'est "chaque relation construit le sien, et on respecte celui des autres quand nos chemins se croisent".

Ce qui n'appartient qu'à deux personnes

Je ne vais pas obliger les soumis à me vouvoyer. Et je ne vais pas leur interdire non plus, si ça fait partie de ce qu'ils sont et de ce qu'ils ont construit avec leur dominant. Ce qui se passe entre deux personnes leur appartient — ce n'est pas à moi, ni à qui que ce soit d'autre, d'en décider.

Certains d'entre vous savent qu'il existe des protocoles entre certaines personnes et moi. Ce ne sont pas des modèles, pas des obligations pour les autres. Ce sont des accords construits dans le temps, dans une relation précise, pour des raisons qui nous appartiennent.

En revanche, imposer son protocole à quelqu'un qui n'en veut pas — parce que "c'est comme ça qu'on fait" ou parce que ça flatte l'ego — n'a rien à voir avec la domination. C'est juste de l'autoritarisme mal placé.

À l'Antre, on ne force rien

Concrètement, chez nous, pas de protocole imposé. Ni aux locataires, ni aux participants de nos événements. Chacun vient avec le sien, ou sans — et c'est très bien ainsi, tant qu'il respecte celui des autres.

La seule exception : les soirées explicitement protocolaires. Dans ce cas, le cadre est annoncé clairement à l'avance — ce qu'on y trouve, ce qu'on attend des participants, comment ça se passe. Si ça ne convient pas, on ne vient pas. Mais dès lors qu'on franchit la porte en connaissance de cause, on joue le jeu. C'est un choix consenti, pas une contrainte imposée.

Le protocole qui se suggère, pas qui s'impose

Si j'ai envie de proposer un cadre à quelqu'un, je le suggère. Si ça le gêne, on l'oublie et on trouve autre chose. Si ça lui parle, on le construit ensemble, à notre rythme, à notre façon.

C'est ça un protocole vivant. Pas un règlement intérieur récité par cœur, mais quelque chose qui grandit entre deux personnes, qui leur ressemble, qui a du sens pour elles — et qui, s'il est bien construit, devient le fil invisible qui maintient la relation quand la vie vanille s'en mêle.

Parce que c'est finalement ça, la vraie fonction du protocole : pas d'impressionner les autres, pas d'afficher un statut. Mais tenir la relation debout, jour après jour, même quand rien n'est facile.