Le 10 avril 1815, en Indonésie, le volcan Tambora entre en éruption.
La destruction des villages alentour occasionne sans doute une centaine de milliers de victimes — davantage qu'aucune autre éruption volcanique depuis deux mille ans, y compris celle du Vésuve. L'éruption se solde en outre par l'émission dans l'atmosphère d'une quantité inhabituelle de matières ardentes : environ 1 500 km³.
Pendant plus d'une année, les cendres noires, en tournant autour de la planète, en refroidissent le climat. En Europe, l'été 1816 s'avère particulièrement froid et pluvieux, avec des chutes de neige dans les hauteurs.
L'éruption a sans doute aussi des conséquences sur la peinture : on dit que William Turner (1775-1851), précurseur de l'impressionnisme, puisa son inspiration dans la contemplation des ciels rougeoyants induits par les poussières du Tambora.
Les conséquences littéraires méritent d'être nommées. Retenus à Genève par le mauvais temps de cet été 1816, Lord Byron et ses invités — dont Mary Shelley et John Polidori — se lancèrent dans un défi d'écriture de récits d'horreur.
Mary Shelley en tira Frankenstein, Polidori Le Vampire. Le Tambora, en refroidissant le monde, avait allumé l'imagination la plus sombre de la littérature gothique.
À l'Antre des Vices, on aime cette idée que les conditions les plus contraignantes peuvent libérer les forces créatrices les plus puissantes — et que l'obscurité, parfois, est une invitation à l'imaginaire.