Benoît d'Aniane meurt le 11 février 821 au monastère de l'Inde, près d'Aix-la-Chapelle. L'Église le commémore le 12 — jour de son inhumation. Il laisse derrière lui une règle qui structurera la vie monastique d'Occident pendant des siècles.
Né vers 750 dans une famille wisigothique de Septimanie, fils du comte de Maguelone, il porte d'abord un nom gothique : Witiza. Élevé à la cour de Pépin le Bref, il y devient échanson de la reine Bertrade — Berthe au Grand Pied —, puis reste auprès de Charlemagne.
En 773, il participe à l'expédition contre les Lombards. Une brillante carrière militaire semble tracée.
Près de Pavie, son frère est emporté par les eaux du Tessin en crue. Witiza se jette à l'eau et manque de se noyer à son tour. Le frère ne remonte jamais.
Il fait alors le vœu de se consacrer entièrement à Dieu. Vers 774, il quitte la cour et entre au monastère de Saint-Seine, près de Dijon. C'est peut-être à ce moment qu'il renonce à son nom gothique pour devenir Benoît — Benedictus, « le béni ».
Il commence par l'excès. Son ascèse est si extrême que ses frères le regardent comme un original, quand ils ne se moquent pas de lui. La règle de saint Benoît de Nursie ? Il la juge bonne « pour les débutants et les faibles ».
Il tente d'imposer à ses moines les règles des monastères d'Orient, celles de Basile et de Pacôme — tissées d'exercices brutaux et de sanctions violentes. Ses frères ne les supportent pas. Les rares disciples qui l'avaient suivi s'en vont.
C'est de cet échec que naît sa conversion véritable. Il se tourne vers la règle de son prédécesseur, saint Benoît de Nursie, fondée sur la prière et le travail — et qui a l'avantage de ménager l'équilibre des personnes. Elle est reçue avec ferveur.
En 782, il fonde l'abbaye d'Aniane sur les bords de l'Hérault, qui comptera plus de trois cents religieux. D'autres fondations suivent dans tout le royaume des Francs.
Devenu le conseiller le plus écouté de Louis le Pieux, il fonde en 814 le monastère de l'Inde, aux portes d'Aix-la-Chapelle, pour rester près de l'empereur.
En juillet 817, Louis le Pieux réunit à Aix-la-Chapelle un synode d'évêques et d'abbés. Benoît le préside. Le texte qui en sort impose la règle bénédictine aux 650 monastères de l'Empire — norme unique, pour la première fois.
Cluny la reprendra un siècle plus tard. Elle inspirera le renouveau religieux et social de tout l'Occident, et vaudra à Witiza-Benoît le surnom de second Benoît.
Witiza-Benoît : un nom de guerrier pour un homme de règle. La discipline choisie — celle qui s'impose à soi-même bien plus qu'elle n'est subie — résonne avec ce que pratiquent les habitués de l'Antre des Vices. Ici aussi, on sait que la vraie puissance vient de ce qu'on choisit d'encadrer.
Et son parcours dit autre chose encore : il a commencé par l'excès, et ses disciples ont fui. Ce n'est qu'en acceptant une règle tenable qu'il a construit quelque chose qui a duré mille ans. La sévérité impressionne ; seul le cadre juste tient dans le temps. Ce qui a fait la différence, chez lui, tient en une formule : une règle qui ménage l'équilibre des personnes.