25-26/06 2027 : Munch&Play "Fontenoy"

25 juin 841 : trois frères, un empire

Le 25 juin 841, Charles le Chauve et Louis le Germanique battent leur frère aîné, Lothaire, à Fontenoy-en-Puisaye, dans l'actuelle Bourgogne.

Leur grand-père était Charlemagne. Leur père, Louis le Pieux, est mort l'année précédente en laissant un empire indivisible en théorie, et trois fils bien décidés à ne pas l'entendre ainsi. Lothaire, l'aîné, revendique la totalité. Les deux cadets s'allient contre lui.

Un carnage dont personne ne s'est vanté

La bataille fut d'une violence rare. L'aristocratie franque y laissa une part considérable de ses forces, et les chroniqueurs de l'époque en parlent avec effroi plutôt qu'avec fierté : on venait de s'entretuer entre chrétiens, entre Francs, entre frères.

Un guerrier nommé Angelbert, qui combattit ce jour-là, en tira un poème maudissant cette journée. C'est l'un des rares témoignages médiévaux où un vainqueur écrit que sa victoire ne valait rien.

Strasbourg : jurer dans la langue de l'autre

Le 14 février 842, à Strasbourg, les deux vainqueurs scellent leur alliance par un serment public devant leurs armées.

Et ils font quelque chose d'extraordinaire : chacun prête serment dans la langue des troupes de son frère. Charles jure en tudesque, Louis en roman. Puis les soldats jurent à leur tour, chacun dans la sienne.

Ces Serments de Strasbourg sont le plus ancien texte connu en langue romane — l'acte de naissance écrit du français. Il est né d'une exigence simple : que celui qui reçoit l'engagement comprenne exactement ce qu'on lui promet.

Verdun : la carte de l'Europe

En août 843, le traité de Verdun partage l'empire en trois. Charles reçoit l'ouest, Louis l'est, Lothaire une longue bande centrale allant de la mer du Nord à l'Italie.

De la part de Charles naîtra la France. De celle de Louis, l'Allemagne. Celle de Lothaire, la Lotharingie, se disloquera — et ses marges seront disputées pendant onze siècles.

Pourquoi ce nom

Fontenoy — le jour où l'on gagne quelque chose qu'on aurait préféré ne pas avoir à gagner, et où la victoire coûte plus cher que la querelle.

Mais ce qui reste de cette histoire, ce n'est pas la bataille : ce sont les serments qui l'ont suivie. Deux hommes qui, pour s'engager l'un envers l'autre, prennent la peine de parler chacun la langue de celui d'en face. À l'Antre des Vices, on ne dit pas autre chose : un engagement ne vaut que si l'autre a compris, dans ses mots à lui, ce à quoi il consent.

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